Pierre THEVENIN
Gray 1905 - Lyon 1950
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Synopsis Sa vie Quelques dessins

Pierre Thévenin naît à Gray le 9 mars 1905 dans une famille de musiciens. Il suit des études classiques jusqu'au baccalauréat avant d'entrer au conservatoire. Musicien doué, il obtient un premier prix de violoncelle en 1923. Aiguillonné par sa sensibilité artistique, le jeune homme étudie parallèlement la peinture pour laquelle il se sent des affinités. Il en apprend d'abord les bases chez lui en autodidacte puis à l'école des beaux-arts de Lyon. D'une curiosité éclectique, il s'intéresse par ailleurs à la gravure sur bois, attrait suffisamment prononcé pour qu'il expose le résultat de ses recherches au Salon des graveurs régionaux en compagnie de Joanny Drevet, Chièze, Luc Barbier, Paul Janin... De ces années d'apprentissage date l'amitié qui le liera au peintre Jean Puy avec lequel il entretiendra une longue correspondance.

Pierre Thévenin expose ses premières toiles en 1928 au Salon du Sud-Est où il sera accueilli régulièrement par la suite. Comme nombre de ses aînés du début du XXe siècle, il est attiré par la côte méditerranéenne, son climat exceptionnel, ses lumières éclatantes, sa végétation déjà exotique... Disposant d'un atelier à Mougins, il s'y installe chaque été pour peindre les paysages de cette provence maritime qu'il aime entre toutes. Les tableaux qu'il crée au cours de cette période, les rues de Cassis, de Martigues ou de Cagnes, ses paysages de Collioures ou de l'arrière-pays provençal se réfèrent délibérément à un Derain ou encore à un Matisse. Filiation assumée dans le jeu des couleurs qui prime alors sur la rigueur des lignes.

Le réalisme des compositions, les couleurs abruptes et chaudes, les roses, les violets, les jaunes, les oranges, les rouges... témoignent d'une forme de " musicalité " empreinte d'émotion révélatrice de sa double vocation artistique.

Dans un même temps, Pierre Thévenin poursuit sa carrière musicale au sein de diverses formations qui sillonnent la Côte d'Azur, mais aussi comme membre de l'orchestre de l'opéra de Lyon et du quintette instrumental lyonnais. A partir de 1932 et pendant quatre années, il embarque en tant que musicien professionnel sur des paquebots de croisière. Il parcourt le monde, fait escale aux Indes, en Indochine, au Japon, en Chine et à Madagascar, étapes lointaines qui lui permettent de faire le plein de ces images, de ces couleurs et de ces sons.

Non content de ces voyages au long cours qui lui inspirent un foisonnement de tableaux où s'affirme sa démarche picturale, Pierre Thévenin se rend également au Maroc sur les traces d'Eugène Delacroix et de Matisse. Il s'adonne en cette occasion à un véritable exotisme décoratif, peignant l'animation des rues, les harems, les mille détails de la vie quotidienne locale. La justesse de son témoignage sur ce Maroc pittoresque incitera l'administration des Postes marocaines à lui confier la création d'une série de timbres. La Ville de Lyon acquerra pour sa part une grande toile intitulée " La rue arabe à Fez ".

De retour à Lyon en 1936, Pierre Thévenin vit une importante période de création. Il se consacre en particulier à la réalisation de vastes compositions murales pour le compte d'amateurs. Il exerce dans le même temps une intense activité de portraitiste, peignant amis et intimes, des notables lyonnais et surtout de nombreux portraits d'enfants. Exécutés au pastel dans la tradition de François Guiguet, ces tableaux sont animés d'une vive sensibilité, dont témoigne notamment la singulière expressivité des regards.

En 1938, toujours fidèle à la musique, Pierre Thévenin est engagé comme violoncelliste par l'orchestre lyonnais de la Radiodiffusion nationale. Trois ans plus tard, il devra toutefois abandonner ce poste trop contraignant, en tout cas incompatible avec la poursuite de son activité picturale. Pierre Thévenin s'est alors lancé dans l'élaboration de ses " Joies de vivre ". Inspiré du célèbre tableau peint par Matisse en 1905-1906 et conservé à la Fondation Barnes (Etats-Unis), il s'agit d'un ensemble de près de trois cents dessins, esquisses et pastels qui montrent un monde paradisiaque où les êtres semblent voués à une naïveté éternelle : " Les personnages dansent, jouent de la flûte, cueillent des fleurs, gardent les troupeaux, le tout sur une terre luxuriante aux contours de jardin merveilleux. " Une telle inspiration, à la fois mythologique et bucolique, n'est sans doute pas étrangère à la commande qu'il reçoit en 1943 de cinq compositions murales destinées à orner le grand escalier du Musée d'art antique de la faculté des lettres de Lyon (aujourd'hui faculté de droit et de gestion). L’œuvre magnifie un certain art de vie champêtre. Après la guerre, la peinture de Pierre Thévenin redevient plus mouvementée. Ses travaux, fort variés, restent animés d'un enthousiasme juvénile sous tendu par un sentiment de joie immense qui s'épanouit sous sa brosse en couleurs vives : paysages de la région lyonnaise, rues de Paris, natures mortes, scènes de la vie contemporaine, portraits, nus, rues, quartiers et monuments de Lyon... S'y ajoute un certain nombre d’œuvres religieuses, qui nous rappellent que Pierre Thévenin appartient " à la dernière génération d'artistes " attirés par cette forme de peinture relevant d'une inspiration traditionnelle.

Cette forme de plénitude artistique et humaine, Pierre Thévenin la vit lors de sa rencontre avec Pablo Casals à Prades. Selon son ami Combet-Descombes, cette visite fut une manière de révélation pour un homme que " la musique possédait [ ], il me semble encore l'entendre [ ] me dire son enthousiasme [ ] pour l'art subtil de Pablo Casals, un grand artiste et un homme, un vrai ". L'amitié réelle qu'il noua avec l'interprète virtuose de Bach rejaillit avec bonheur sur l'existence d'un artiste soucieux de rendre la vie aussi bien avec l'archet du violoncelliste qu'avec les couleurs du peintre.

En 1949, Pierre Thévenin entreprend un long voyage en Suède. Il est invité à donner plusieurs conférences et concerts à travers le pays, avant de montrer à Stockholm un ensemble important de ses peintures , l'état français lui achète cette année-là un " Bouquet de fleurs ", conservé depuis lors au musée des Beaux-Arts de Lyon. Quelques mois plus tard, il deviendra membre de la commission de ce même musée.

Il meurt le 12 octobre 1950 à la suite d'un accident dû à un réchaud à gaz survenu tandis qu'il travaillait dans son atelier de Saint-Just. Une rétrospective organisée à sa mémoire lors du Salon du Sud-Est de 1952 témoignera de la valeur d'une oeuvre picturale très personnelle, sans équivalent dans l'école lyonnaise de la première moitié de ce siècle.


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