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Pierre Thévenin naît à Gray le 9 mars 1905 dans une famille de musiciens.
Il suit des études classiques jusqu'au baccalauréat avant d'entrer au
conservatoire. Musicien doué, il obtient un premier prix de violoncelle en 1923.
Aiguillonné par sa sensibilité artistique, le jeune homme étudie
parallèlement la peinture pour laquelle il se sent des affinités. Il en
apprend d'abord les bases chez lui en autodidacte puis à l'école des beaux-arts
de Lyon. D'une curiosité éclectique, il s'intéresse par ailleurs
à la gravure sur bois, attrait suffisamment prononcé pour qu'il expose le
résultat de ses recherches au Salon des graveurs régionaux en compagnie de
Joanny Drevet, Chièze, Luc Barbier, Paul Janin... De ces années
d'apprentissage date l'amitié qui le liera au peintre Jean Puy avec lequel il
entretiendra une longue correspondance.
Pierre Thévenin expose ses premières toiles en 1928 au Salon du Sud-Est
où il sera accueilli régulièrement par la suite. Comme nombre de ses
aînés du début du XXe siècle, il est attiré
par la côte méditerranéenne, son climat exceptionnel, ses
lumières éclatantes, sa végétation déjà
exotique... Disposant d'un atelier à Mougins, il s'y installe chaque
été pour peindre les paysages de cette provence maritime qu'il aime entre
toutes. Les tableaux qu'il crée au cours de cette période, les rues de
Cassis, de Martigues ou de Cagnes, ses paysages de Collioures ou de l'arrière-pays
provençal se réfèrent délibérément à
un Derain ou encore à un Matisse. Filiation assumée dans le jeu des
couleurs qui prime alors sur la rigueur des lignes.
Le réalisme des compositions, les couleurs abruptes et chaudes, les roses, les
violets, les jaunes, les oranges, les rouges... témoignent d'une forme de "
musicalité " empreinte d'émotion révélatrice de sa double
vocation artistique.
Dans un même temps, Pierre Thévenin poursuit sa carrière musicale au
sein de diverses formations qui sillonnent la Côte d'Azur, mais aussi comme membre de
l'orchestre de l'opéra de Lyon et du quintette instrumental lyonnais. A partir de
1932 et pendant quatre années, il embarque en tant que musicien professionnel sur
des paquebots de croisière. Il parcourt le monde, fait escale aux Indes, en
Indochine, au Japon, en Chine et à Madagascar, étapes lointaines qui lui
permettent de faire le plein de ces images, de ces couleurs et de ces sons.
Non content de ces voyages au long cours qui lui inspirent un foisonnement de tableaux
où s'affirme sa démarche picturale, Pierre Thévenin se rend
également au Maroc sur les traces d'Eugène Delacroix et de Matisse. Il
s'adonne en cette occasion à un véritable exotisme décoratif,
peignant l'animation des rues, les harems, les mille détails de la vie quotidienne
locale. La justesse de son témoignage sur ce Maroc pittoresque incitera
l'administration des Postes marocaines à lui confier la création d'une
série de timbres. La Ville de Lyon acquerra pour sa part une grande toile
intitulée " La rue arabe à Fez ".
De retour à Lyon en 1936, Pierre Thévenin vit une importante période
de création. Il se consacre en particulier à la réalisation de
vastes compositions murales pour le compte d'amateurs. Il exerce dans le même temps
une intense activité de portraitiste, peignant amis et intimes, des notables
lyonnais et surtout de nombreux portraits d'enfants. Exécutés au pastel dans
la tradition de François Guiguet, ces tableaux sont animés d'une vive
sensibilité, dont témoigne notamment la singulière expressivité
des regards.
En 1938, toujours fidèle à la musique, Pierre Thévenin est engagé
comme violoncelliste par l'orchestre lyonnais de la Radiodiffusion nationale. Trois ans
plus tard, il devra toutefois abandonner ce poste trop contraignant, en tout cas
incompatible avec la poursuite de son activité picturale. Pierre Thévenin
s'est alors lancé dans l'élaboration de ses " Joies de vivre ".
Inspiré du célèbre tableau peint par Matisse en 1905-1906 et
conservé à la Fondation Barnes (Etats-Unis), il s'agit d'un ensemble de
près de trois cents dessins, esquisses et pastels qui montrent un monde paradisiaque
où les êtres semblent voués à une naïveté
éternelle : " Les personnages dansent, jouent de la flûte, cueillent des
fleurs, gardent les troupeaux, le tout sur une terre luxuriante aux contours de jardin
merveilleux. " Une telle inspiration, à la fois mythologique et bucolique,
n'est sans doute pas étrangère à la commande qu'il reçoit en
1943 de cinq compositions murales destinées à orner le grand escalier du
Musée d'art antique de la faculté des lettres de Lyon (aujourd'hui
faculté de droit et de gestion). L’œuvre magnifie un certain art de vie
champêtre. Après la guerre, la peinture de Pierre Thévenin redevient
plus mouvementée. Ses travaux, fort variés, restent animés d'un
enthousiasme juvénile sous tendu par un sentiment de joie immense qui
s'épanouit sous sa brosse en couleurs vives : paysages de la région
lyonnaise, rues de Paris, natures mortes, scènes de la vie contemporaine, portraits,
nus, rues, quartiers et monuments de Lyon... S'y ajoute un certain nombre d’œuvres
religieuses, qui nous rappellent que Pierre Thévenin appartient " à la
dernière génération d'artistes " attirés par cette forme
de peinture relevant d'une inspiration traditionnelle.
Cette forme de plénitude artistique et humaine, Pierre Thévenin la vit lors de
sa rencontre avec Pablo Casals à Prades. Selon son ami Combet-Descombes, cette visite
fut une manière de révélation pour un homme que " la musique
possédait [ ], il me semble encore l'entendre [ ] me dire son enthousiasme [ ] pour
l'art subtil de Pablo Casals, un grand artiste et un homme, un vrai ". L'amitié
réelle qu'il noua avec l'interprète virtuose de Bach rejaillit avec bonheur
sur l'existence d'un artiste soucieux de rendre la vie aussi bien avec l'archet du
violoncelliste qu'avec les couleurs du peintre.
En 1949, Pierre Thévenin entreprend un long voyage en Suède. Il est
invité à donner plusieurs conférences et concerts à travers
le pays, avant de montrer à Stockholm un ensemble important de ses peintures ,
l'état français lui achète cette année-là un "
Bouquet de fleurs ", conservé depuis lors au musée des Beaux-Arts de
Lyon. Quelques mois plus tard, il deviendra membre de la commission de ce même
musée.
Il meurt le 12 octobre 1950 à la suite d'un accident dû à un
réchaud à gaz survenu tandis qu'il travaillait dans son atelier de
Saint-Just. Une rétrospective organisée à sa mémoire
lors du Salon du Sud-Est de 1952 témoignera de la valeur d'une oeuvre picturale
très personnelle, sans équivalent dans l'école lyonnaise de la
première moitié de ce siècle.
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