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Farouche, impérieuse,
exaltée, ainsi pourrait-on caractériser la personnalité de
Jean-Baptiste Frénet, né à Lyon, le 31 janvier 1814. Sans
doute est-ce à ce tempérament ombrageux que ladolescent
doit dêtre exclu en 1828 de lécole des beaux-arts,
un an seulement après son admission. Réintégré en 1832, il
devient lélève de Jean-Claude Bonnefond. Enseignement
positif bientôt récompensé par une mention à lexamen de
figure peinte.
En octobre 1834, le jeune homme
quitte sa ville natale et rejoint lEcole des beaux-arts de
Paris. Il travaillera un peu plus dun an dans latelier
dIngres avant deffectuer le rituel voyage en Italie,
où il se rend en compagnie de deux autres condisciples lyonnais,
Louis Janmot et Claude Lavergne. Il retrouvera son maître
parisien à Rome, Ingres ayant été nommé entre-temps directeur
de lAcadémie de France, et visitera églises, monuments
divers et musées. J-B. Frénet enrichira ce parcours initiatique
par létude attentive des chefs-duvres de Raphaël,
Michel-Ange ou encore Giotto, modèles du classicisme le plus
traditionnel quil sastreint à copier, ce qui ne lempêche
nullement de sadonner par ailleurs à des recherches plus
personnelles, dont de nombreux paysages de Rome et ses alentours.
En 1837, de retour en France,
marié, Frénet entame sa carrière artistique. Lors des Salons
de Paris et de Lyon, il expose des tableaux religieux, des allégories,
des portraits, des scènes de genre. Cette production variée reçoit
un accueil mitigé de la part des critiques. Sils relèvent
des morceaux de grand talent dans les peintures présentées,
ceux-ci dénoncent aussi des négligences dexécution et
des maladresses. Quoi quil en soit de ces défauts, bien quempreinte
de gaucherie, la peinture de Frénet nen nest pas
mois troublante. Il en émane une sensation dexaltation due
à lintensité des regards, à lexpression hautaine
des visages, à certaines hardiesses dans le choix des couleurs.
Cette peinture vigoureuse à la fois naïve et savante,
quelquefois déroutante par le trait, toujours dune
luminosité rare, révèle une vision originale qui dérange par
sa puissance dévocation dramatique.
A partir de 1842, Frénet réside
à Charly, petit village proche de Lyon, dont il devient maire de
1851. Tout en soccupant de sa famille, il peint, fournit
des dessins au peintre-verrier Alexis Brun-Bastenaire pour des
vitraux destinés à la chapelle de la Vierge de léglise
Sainte-Bonaventure, grave des eaux-fortes, multiplie les études,
les esquisses, les portraits, les paysages, expose à plusieurs
reprises, voyage en Espagne (de décembre 1847 à janvier 1848).
Il consacre les années 1847 à
1849 à la réalisation dune vaste fresque dans la crypte
Sainte-Blandine de labbaye dAinay. Représentant le
Christ libérateur et les quatre miracles qui illustrent ce thème
évangélique (la guérison de laveugle, la scène du
paralytique, la multiplication des pains, le mort ressuscité),
à quoi sajoute une suite sur les martyrs lyonnais de lan
177, luvre déplaît à ses commanditaires. Il est
vrai quà ce moment, linspiration de Frénet sest
éloignée de la pure religiosité catholique pour refléter une
vision davantage imprégnée des idéaux socialistes et égalitaires
de la révolution de 1848.
J-B. Frénet donnera la mesure
de son engagement politique après le coup dEtat du 2 décembre
1851. Nourrissant une haine implacable à lencontre de
Louis-Napoléon Bonaparte, bourreau de IIe République, le
peintre-maire truquera les élections au plébiscite organisé lannée
suivante : le " non " lemportera dans sa commune,
fait unique dans le département du Rhône. Trop exceptionnel
pour ne pas attirer le soupçon des autorités, ce résultat
donnera lieu à une enquête : la tricherie sera découverte, les
élections seront annulées, Frénet sera révoqué.
Pour mieux cerner le personnage,
citons deux anecdotes : lors de sa profession de foi du 3 octobre
1871, il déclare : " Je suis honnête et républicain, et
je suis républicain parce que je suis honnête, et cest
parce que je suis sincèrement honnête que je resterai sincèrement
et courageusement républicain. " De même, en 1872, il
berne la population en faisant disposer des " barquettes républicaines
" au-devant de léglise, dessinant ainsi les contours
dun bonnet phrygien.
Placé sous surveillance policière,
Frénet subira plusieurs perquisitions. Plus grave : il sera
victime en 1857 dun chantage suscité par le ministère. En
effet, contre loctroi dune subvention gouvernementale,
le conseil de labbaye dAinay fait alors recouvrir les
fresques déjà controversées, au prétexte que lhumidité
commençait den altérer les peintures. Furieux, Frénet
intente un procès pour défendre son uvre, mais il est débouté.
Ecoeuré par ce règlement de compte, aigri par ces déboires qui
latteignent dans son travail de création même, il se
retire définitivement à la campagne.
Même si, en compensation,
monseigneur de Bonald lui commandera un portrait de Saint
Augustin, le peinture rebelle senfermera dès lors dans une
sorte dexil intérieur. Si elle na pas la même
grandeur ni le même écho que celui dun Victor Hugo
fulminant depuis Guernesey contre Napoléon-le-Petit, cette
retraite volontaire nen témoigne pas moins en faveur de lintégrité
dun artiste intraitable.
J.-B. Frénet nexposera
plus jamais par la suite. Fidèle à ses convictions, il ornera
encore léglise de Charly de décorations, inspirées de thèmes
républicains (à noter que ces quatre fresques furent gravées)
: la Liberté (Tentation du Christ), lEgalité (Le Christ
et un petit enfant), la fraternité (Le lavement des pieds). Il
achèvera une ultime fresque (Le Christ délivrant lInnocence
enchaînée) avant de mourir, le 12 août 1889.
Artiste non-conformiste, Jean-Baptiste
Frénet laisse une uvre de toutes première importance, étrange
et puissante à la fois, qui exprime les sentiments les plus
modernes, sous les élans dun mysticisme tourmenté, mais
qui paraît incontournable pour lécole lyonnaise de ce
milieu du XIXe siècle.
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