Gray 1905 - Lyon 1950
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Synopsis Sa vie Quelques dessins

Farouche, impérieuse, exaltée, ainsi pourrait-on caractériser la personnalité de Jean-Baptiste Frénet, né à Lyon, le 31 janvier 1814. Sans doute est-ce à ce tempérament ombrageux que l’adolescent doit d’être exclu en 1828 de l’école des beaux-arts, un an seulement après son admission. Réintégré en 1832, il devient l’élève de Jean-Claude Bonnefond. Enseignement positif bientôt récompensé par une mention à l’examen de figure peinte.

En octobre 1834, le jeune homme quitte sa ville natale et rejoint l’Ecole des beaux-arts de Paris. Il travaillera un peu plus d’un an dans l’atelier d’Ingres avant d’effectuer le rituel voyage en Italie, où il se rend en compagnie de deux autres condisciples lyonnais, Louis Janmot et Claude Lavergne. Il retrouvera son maître parisien à Rome, Ingres ayant été nommé entre-temps directeur de l’Académie de France, et visitera églises, monuments divers et musées. J-B. Frénet enrichira ce parcours initiatique par l’étude attentive des chefs-d’œuvres de Raphaël, Michel-Ange ou encore Giotto, modèles du classicisme le plus traditionnel qu’il s’astreint à copier, ce qui ne l’empêche nullement de s’adonner par ailleurs à des recherches plus personnelles, dont de nombreux paysages de Rome et ses alentours.

En 1837, de retour en France, marié, Frénet entame sa carrière artistique. Lors des Salons de Paris et de Lyon, il expose des tableaux religieux, des allégories, des portraits, des scènes de genre. Cette production variée reçoit un accueil mitigé de la part des critiques. S’ils relèvent des morceaux de grand talent dans les peintures présentées, ceux-ci dénoncent aussi des négligences d’exécution et des maladresses. Quoi qu’il en soit de ces défauts, bien qu’empreinte de gaucherie, la peinture de Frénet n’en n’est pas mois troublante. Il en émane une sensation d’exaltation due à l’intensité des regards, à l’expression hautaine des visages, à certaines hardiesses dans le choix des couleurs. Cette peinture vigoureuse à la fois naïve et savante, quelquefois déroutante par le trait, toujours d’une luminosité rare, révèle une vision originale qui dérange par sa puissance d’évocation dramatique.

A partir de 1842, Frénet réside à Charly, petit village proche de Lyon, dont il devient maire de 1851. Tout en s’occupant de sa famille, il peint, fournit des dessins au peintre-verrier Alexis Brun-Bastenaire pour des vitraux destinés à la chapelle de la Vierge de l’église Sainte-Bonaventure, grave des eaux-fortes, multiplie les études, les esquisses, les portraits, les paysages, expose à plusieurs reprises, voyage en Espagne (de décembre 1847 à janvier 1848).

Il consacre les années 1847 à 1849 à la réalisation d’une vaste fresque dans la crypte Sainte-Blandine de l’abbaye d’Ainay. Représentant le Christ libérateur et les quatre miracles qui illustrent ce thème évangélique (la guérison de l’aveugle, la scène du paralytique, la multiplication des pains, le mort ressuscité), à quoi s’ajoute une suite sur les martyrs lyonnais de l’an 177, l’œuvre déplaît à ses commanditaires. Il est vrai qu’à ce moment, l’inspiration de Frénet s’est éloignée de la pure religiosité catholique pour refléter une vision davantage imprégnée des idéaux socialistes et égalitaires de la révolution de 1848.

J-B. Frénet donnera la mesure de son engagement politique après le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Nourrissant une haine implacable à l’encontre de Louis-Napoléon Bonaparte, bourreau de IIe République, le peintre-maire truquera les élections au plébiscite organisé l’année suivante : le " non " l’emportera dans sa commune, fait unique dans le département du Rhône. Trop exceptionnel pour ne pas attirer le soupçon des autorités, ce résultat donnera lieu à une enquête : la tricherie sera découverte, les élections seront annulées, Frénet sera révoqué.

Pour mieux cerner le personnage, citons deux anecdotes : lors de sa profession de foi du 3 octobre 1871, il déclare : " Je suis honnête et républicain, et je suis républicain parce que je suis honnête, et c’est parce que je suis sincèrement honnête que je resterai sincèrement et courageusement républicain. " De même, en 1872, il berne la population en faisant disposer des " barquettes républicaines " au-devant de l’église, dessinant ainsi les contours d’un bonnet phrygien.

Placé sous surveillance policière, Frénet subira plusieurs perquisitions. Plus grave : il sera victime en 1857 d’un chantage suscité par le ministère. En effet, contre l’octroi d’une subvention gouvernementale, le conseil de l’abbaye d’Ainay fait alors recouvrir les fresques déjà controversées, au prétexte que l’humidité commençait d’en altérer les peintures. Furieux, Frénet intente un procès pour défendre son œuvre, mais il est débouté. Ecoeuré par ce règlement de compte, aigri par ces déboires qui l’atteignent dans son travail de création même, il se retire définitivement à la campagne.

Même si, en compensation, monseigneur de Bonald lui commandera un portrait de Saint Augustin, le peinture rebelle s’enfermera dès lors dans une sorte d’exil intérieur. Si elle n’a pas la même grandeur ni le même écho que celui d’un Victor Hugo fulminant depuis Guernesey contre Napoléon-le-Petit, cette retraite volontaire n’en témoigne pas moins en faveur de l’intégrité d’un artiste intraitable.

J.-B. Frénet n’exposera plus jamais par la suite. Fidèle à ses convictions, il ornera encore l’église de Charly de décorations, inspirées de thèmes républicains (à noter que ces quatre fresques furent gravées) : la Liberté (Tentation du Christ), l’Egalité (Le Christ et un petit enfant), la fraternité (Le lavement des pieds). Il achèvera une ultime fresque (Le Christ délivrant l’Innocence enchaînée) avant de mourir, le 12 août 1889.

Artiste non-conformiste, Jean-Baptiste Frénet laisse une œuvre de toutes première importance, étrange et puissante à la fois, qui exprime les sentiments les plus modernes, sous les élans d’un mysticisme tourmenté, mais qui paraît incontournable pour l’école lyonnaise de ce milieu du XIXe siècle.


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